L’industrie porcine de l’Eswatini a franchi une étape rare dans l’agriculture africaine en maintenant son autosuffisance en viande porcine depuis 2019, réduisant ainsi efficacement sa dépendance aux importations.
Cette question a été au cœur de la session d’échanges sur la filière porcine organisée par le Youth Enterprise Revolving Fund (YERF), qui a réuni décideurs politiques, organismes de financement et jeunes éleveurs pour discuter des obstacles freinant le développement du secteur. Bien que la production nationale couvre la demande intérieure, la croissance reste inégale en raison de l’augmentation des coûts de production, des menaces sanitaires et de la fragmentation des marchés. Si les importations de viande porcine fraîche ont fortement diminué, les exportations demeurent limitées, illustrant la difficulté du secteur à dépasser le simple approvisionnement du marché local pour s’intégrer davantage au commerce régional.

Dans ce contexte, l’Entrepreneur de l’année a présenté son projet d’expansion vers le Mozambique en augmentant les volumes destinés à ce marché. Selon lui, cette initiative va bien au-delà d’une simple expansion géographique : elle constitue un véritable test pour vérifier si les producteurs d’Eswatini sont capables de répondre de manière constante aux exigences régionales en matière de qualité, de volumes et de conformité.
Les jeunes éleveurs présents ont exprimé leurs préoccupations concernant l’accès limité aux marchés, l’instabilité des prix, le manque de financement et les difficultés à satisfaire les standards commerciaux. Beaucoup se demandent si l’élevage porcin peut générer des revenus durables à grande échelle, les petites structures étant souvent confrontées à des approvisionnements irréguliers et à un faible pouvoir de négociation.
En réponse, le YERF a annoncé une nouvelle approche fondée sur le financement de la chaîne de valeur, associant les aides financières à des formations obligatoires, à une meilleure préparation technique et à des systèmes de gestion des risques renforcés. Les éleveurs souhaitant bénéficier d’un soutien devront désormais suivre une formation à la ferme DJD Piggery. Des dispositifs d’assurance, de suivi et d’évaluation initiale seront également intégrés dans une stratégie visant à réduire les risques d’échec.
L’Entrepreneur de l’année a également insisté sur l’importance de la rigueur dans la gestion des exploitations, estimant que les difficultés de nombreux producteurs ne sont pas liées à la demande, mais à des systèmes de gestion insuffisants. Il a souligné la nécessité d’une tenue rigoureuse des registres, d’une planification de la production, d’une discipline financière et du réinvestissement pour construire des entreprises pérennes capables d’attirer des financements.
La session a également mis en évidence plusieurs défis de productivité, notamment des performances génétiques insuffisantes, des infrastructures limitées et des risques sanitaires tels que la peste porcine africaine (PPA). Parmi les recommandations figurent le financement d’unités de production plus importantes et l’amélioration des programmes de sélection génétique afin d’accroître la production et la compétitivité.
Dans l’ensemble, les participants ont conclu que la filière porcine de l’Eswatini a réussi à atteindre l’autosuffisance, mais que son prochain défi consiste désormais à devenir compétitive à l’échelle régionale. Selon eux, la croissance future dépendra moins de la capacité de production que de la discipline, de la structuration du secteur et de son efficacité commerciale.
22 mai 2026/Mozambique/
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